Quel est le bon niveau de communication, le bon registre, lorsque l’on parle de soi dans le contexte d’un recrutement?
Il me semble évident que la posture du candidat n’est pas la bonne, si elle consiste à se mettre en situation de demande. Votre but est de vendre (louer) vos services, vous n’êtes pas en demande, mais en proposition. Il faut donc avoir un discours inspiré du langage commercial. Mais jusqu’où aller dans cette communication de vente?

Lorsque j’étais dans les premières années de mon activité de chasseur de têtes, les candidats qui m’expliquaient qu’ils étaient très bons en le disant directement me choquaient: « dans mon entreprise, je suis le meilleur directeur d’usine ». Avec le temps j’ai surtout pris le réflexe d’en rire, car c’est pour moi très clairement l’une des façons les moins efficaces de me faire passer un message: elle me rend dubitatif et me donne l’envie de trouver des contre-arguments.

J’ai donc toujours proposé à mes candidats et maintenant aux personnes que j’accompagne de faire parler les faits pour eux: « voilà deux ans que l’usine que je dirige obtiens les meilleurs résultats du groupe, en termes de marge d’exploitation et de satisfaction client ». Si, en essence, on dit la même chose, la subtilité change tout!

Depuis quelques mois j’ai néanmoins une conscience aiguisée de ce sujet. Depuis que, par réseau, j’ai rencontré quelques généraux de l’armée française qui partent à la retraite et souhaitent débuter une nouvelle carrière. Ces individus, élites des armées françaises, ont commandé des milliers d’hommes, négocié avec des chefs d’états et leurs cabinets, sauvé des vies… et me demandent si je pense que leur expérience est susceptible d’intéresser une entreprise.

Le décalage constaté est impressionnant.

Pour se faire recruter il faut donner envie et d’une certaine façon montrer que l’on est plus intéressant pour l’entreprise que les autres candidats. La modestie n’est donc pas de mise. Car la modestie, c’est la retenue dans la manière de parler de soi. Et s’il est possible de se présenter sous son meilleur jour, voire sous un meilleur jour que les autres en demeurant modeste, ce n’est pas vraiment le registre attendu par les interlocuteurs qui vous évaluent.

Se mettre en avant, en revanche, impose de se connaître, de se voir de façon réaliste. Autrement dit connaître ses faiblesses, ce que l’on ne sait pas faire, ce que l’on doit encore apprendre, ses propres limites. Donc pour se préparer à passer des entretiens de sélection, il faut avoir fait un réel travail sur soi, afin de prendre conscience de sa place au milieu des autres.

Et cela c’est la définition même de l’humilité.

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