Avez-vous lu « UBERISATION, un ennemi qui vous veut du bien » ?

Par Cyril OGEE.

Son titre, volontairement provocateur, est en fait assez réducteur. En effet, cet essai sur “l’Uberisation” nous incite à nous poser une question essentielle sur la transformation digitale : “en quoi cela est-il facteur de progrès ?” 

Denis JACQUET et Grégoire LECLERCQ

Pourquoi l’uberisation est-elle bonne pour la société ? Et à quelle condition ? En quoi peut-elle être source de progrès pour l’humanité ? Car c’est bien de l’homme qu’il est question et non de la technologie. Posons nous toujours la question : le service acheté peut-il améliorer notre vie, et quels sont ses impacts potentiels sur la société à moyen terme ? C’est à cette question que Denis JACQUET et Grégoire LECLERCQ ont tenté dans cet essai.

Comme à chaque révolution industrielle, la question n’est pas de l’accepter ou de la refuser, mais de s’adapter plutôt que de subir. Comment définir l’uberisation ? Le terme uberisation est un néologisme, qui provient du nom de l’entreprise de VTC Uber, un service de voiture de tourisme avec chauffeur entrant directement en concurrence avec les taxis. Selon Wikipedia, “c’est aussi un serice permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière instantanée, grâce à l’utilisation de l’internet mobile et de la géolocalisation. Ce phénomène s’inscrit de manière plus large dans le cadre de l’économie collaborative. Ce concept s’oppose en fait à celui connu depuis des générations, et particulièrement depuis les trente glorieuses, c’est-à-dire le monde fixe et réglementé du salariat”.

Effectivement, ce livre se veut aussi le relais de Jeremy RIFKIN, essayiste américain, spécialiste de prospective, qui prêche pour l’utilisation de la technologie pour améliorer la vie des terriens, et en particulier de l’humanité. Comment ? Notamment en associant le digital et l’économie collaborative pour permettre à de nouveaux échanges de se développer entre le prestataire et le consommateur, remplaçant ainsi progressivement le modèle dominant, fondé notamment sur une relation de subordination entre le salarié et son employeur. Ces nouveaux échanges permettent, tant au fournisseur qu’au client, de simplifier et de réduire les démarches administratives et les délais en pensant la relation autrement grâce aux technologies numériques. S’ensuit souvent une réduction du coût du service acheté, ce qui agit comme un électrochoc sur les systèmes traditionnels et les systèmes de taxation des échanges commerciaux que ces nouveaux paradigmes contournent.

Jeremy RIFKIN La troisième révolution industrielle

Le modèle actuel de l’économie française, majoritairement basé sur le management pyramidal et les grandes entreprises centralisées, peut évoluer sans pour autant renier ses valeurs. Au contraire, c’est parce qu’il évoluera qu’il pourra les conserver ! Que deviennent “liberté, égalité, fraternité” dans un monde où la pauvreté et le chômage augmentent inexorablement du fait de la délocalisation ou de l’automatisation des industries ? Car l’intelligence artificielle et la robotisation font disparaître certains emplois dans les grands groupes au profit d’autres liés au numérique. Selon une étude de chercheurs du MIT et de la Boston University, la robotique a créé des milliers d’emplois qui font disparaître des millions d’emplois dans le monde, ce ne sont pas les mêmes profils qui sont demandés. Je vous invite aussi à regarder la vidéo de Laurent ALEXANDRE, “évangéliste” bien connu du sujet de la transformation des emplois :

Et le phénomène de l’uberisation et de l’économie collaborative est un mouvement mondial contre lequel il n’est possible de lutter. Mais on doit le réguler, éviter les excès et les abus qui peuvent apparaître. Le politique doit encadrer et non légiférer, et les consommateurs doivent utiliser le système de notation comme effet de levier pour écarter ceux qui ne pratiquent pas un service de qualité. Car remettre de la qualité au centre du système est essentiel. La qualité est synonyme de valeur. Le développement de la grande distribution depuis 30 ans a eu un effet désastreux sur l’emploi, en faisant baisser les prix et la qualité, et en fermant tous les commerces de proximité. L’augmentation du pouvoir d’achat contre l’augmentation du chômage ? Est-ce vraiment un progrès ?

En conclusion, l’idée centrale portée par des auteurs est la suivante : cette nouvelle économie collaborative va se développer et sera un espoir immense pour compenser la baisse inéluctable des emplois salariés, compte-tenu de la perte de compétitivité d’une Europe passée en partie à côté de la dernière révolution industrielle. Ces revenus nouveaux, liés à des activités multiples, souvent sous  forme d’entreprenariat, permettront à leurs bénéficiaires de cotiser au système de retraite par répartition (et sans doute aussi à une retraite complémentaire par capitalisation pour certains). De même, ils cotiseront peut-être bientôt pour le chômage, le gouvernement ayant en effet évoqué le sujet de la couverture universelle. Car aujourd’hui les micro-entrepreneurs ou chefs d’entreprise sont leur propres assureurs contre le chômage et ne cotisent pas à l’UNEDIC pour eux mêmes. Ce qui est essentiel quand on pense qu’en 2030 au moins 50% des salariés pourront en fait être des indépendants ou « freelance ».

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N'hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire