« Je suis arrivé en finale mais ils ont choisi l’autre candidat, le cabinet de recrutement m’a dit que j’avais moins la posture du DG que lui… »

Depuis quelques années j’entends parler de « posture » : pour obtenir que l’on vous donne quelque chose il faut se comporter comme si on l’avait déjà obtenue.

Je suis partagé sur la question.

Dans un processus de recrutement, l’image que l’on projette est fondamentale. Mon expérience et mes réflexes de Chasseur de Tête me le disent. Notre comportement influence la réaction des autres. La PNL ne dit que cela. Il suffit de regarder des animaux entre eux pour s’en convaincre.
Donc il faut communiquer sur ses forces: ne pas se sous-estimer pour ne pas se « sous-vendre ».
Prenons la dernière personne que j’ai accompagnée vers un poste de DG alors qu’elle ne l’avait jamais été. Une partie importante de sa transition a été consacrée à comprendre et intégrer ce que l’on attendait d’un DG, ceci pour visualiser ce que ses interlocuteurs voulait entendre et valider. Ainsi elle parvint à se rendre crédible et a les rassurer en leur prouvant qu’elle avait déjà tenu toutes ces responsabilités « morceau par morceau ».

En revanche se comporter comme si l’on était déjà dans le poste alors que l’on n’en est « que » aux entretiens de sélection, est plus risqué: c’est hors sujet. L’habit ne fait pas toujours le moine. Posture peut alors apparaitre comme manque d’humilité, suffisance. Tout dépend finalement de la sensibilité de votre interlocuteur.

Je pense qu’en fait, dans les recrutements, il est rarement bon de se projeter, de jouer avec les apparences et de chercher à influencer le ressenti de ceux d’en face. Il faut avoir un but, des messages à passer et une façon professionnelle de s’y prendre. Il faut démontrer et illustrer son propos de la façon la plus pratique et factuelle possible.

Mais puisqu’on ne peut pas débarrasser cette série de discussions entre êtres humains de ses contexte et contenu émotionnels, voici quelques conseils comportementaux qui me semblent utiles.

NE VOUS POSITIONNEZ PAS EN TANT QUE CANDIDAT

Cela peut paraître étonnant. Mais si vous ne deviez retenir qu’une seule chose, que ce soit celle-ci. Un candidat demande. Un candidat plaide. Un candidat est dans une position seconde. Il ne décide pas; il subit le choix.
N’oubliez pas une loi fondamentale de macro-économie: vous êtes l’offreur, ils sont les demandeurs. La preuve en est: ils vont payer pour vos services lorsqu’ils vous auront employé. Tous les mois. Cher.

PROPOSEZ!
La plupart des personnes en face de vous seront de futurs collègues, mettez-vous en position de réunion de travail. Même si l’exercice n’a pas lieu entre pairs, il se tient entre futurs collaborateurs, membres de la même équipe. Donc, travaillez avec vos interlocuteurs dès ce premier instant.

AYEZ FAIM MAIS NE DONNEZ PAS L’IMPRESSION D’ETRE MORT DE FAIM

Vous devez avoir envie de prendre ce poste et le montrer. Même si notre monde cherche à mécaniser/automatiser/rendre le plus systématique possible les processus de recrutement; personne n’est une machine. Révélez donc votre coté humain en montrant votre motivation, votre envie de tenir ce rôle, dans cette boîte, parmi ces gens.
Corollaire: ne participez pas à un processus de recrutement pour un poste qui ne vous plait pas. Bien souvent cela sera détectable, cela se verra. Vous serez donc rejeté du recrutement et cet échec pourrait bien vous miner le moral.
A contrario lorsque j’étais recruteur, je prenais bien souvent en grippe les candidats qui me rappelaient (ou m’écrivaient) plusieurs fois pour me dire à quel point ils souhaitaient le poste. Je le sais : ce n’est pas très sympathique de ma part, mais je ne pouvais m’empêcher de penser à ces gamins dans les supermarchés qui répètent ad libitum à leurs parents qu’ils veulent cette boite de bonbons.
Certes, parfois les parents cèdent. Pas les recruteurs. Ils s’imaginent en tout cas ne pas être influençable. En tout cas pas de façon aussi peu fine.

FAITES LES EXERCICES DE SIMULATION/ PROJECTION DANS LE POSTE MAIS NE VOUS PROJETEZ PAS DEJA

Selon moi, l’une des meilleures façons de recruter est de vous demander d’envisager une/des situation(s) de votre futur job et d’expliquer comment vous vous y prendriez. C’est l’un des fondements du Competency Based Interview. Dans une telle situation, jouez le jeu. Du mieux que vous pouvez. Utilisez vos expériences passées, dressez des parallèles avec ce que vous avez déjà fait. Ainsi vous montrerez vos compétences et même si vous n’êtes pas certain de donner la bonne réponse (existe-t-elle ?), en tout cas vous prouverez que vous ne répondez pas au hasard.
Cette démarche a de multiples avantages : pour le recruteur, ce mini jeu de rôle prouve que vous savez de quoi vous parlez. Quant à vous, vous êtes en terrain connu, ce qui immanquablement retire de la pression.
Mais cela n’est que cela: un exercice.

Il est de la plus grande importance de ne pas se mettre à rêver, de ne pas passer (perdre) de temps à s’imaginer dans le poste. Pas de projection.

Je le répète : c’est inutile.

Mais surtout c’est attacher une charge émotionnelle à une démarche qui essaie d’être la plus rationnelle possible. Vous allez donner une importance trop grande aux étapes qui restent à franchir d’un point de vue affectif.
Un de mes anciens amis vous conseillerait de ne pas tomber victime de la « chaude piste ».
Ne vous mettez pas de pression supplémentaire parce que le poste vous plaît et que vous vous imaginez bien le tenant. Cette opportunité ne doit pas mobiliser toutes vos ressources; vous devez continuer à travailler à créer d’autres possibles. Continuez à travailler votre réseau pour détecter d’autres pistes.

Prêtez, s’il vous plait, le moins possible le flanc à la déprime qui survient lorsque l’on s’entend dire non au cours ou au final d’un processus de recrutement pour une fonction dans laquelle on s’était si bien imaginé. Une seule solution : ayez d’autres work-in-progress, d’autres projets…
Lorsque l’on veut marcher sur un toit d’ardoises ou de tuiles on place d’abord sur celles-ci une planche de bois et l’on se déplace sur cette planche de bois (*).
L’essentiel est toujours de répartir la charge. Même la charge affective.

(*) merci Claude!

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