Rupture: Mode d'Emploi

J’aurais aussi pu appeler ce nouveau post « la colère est mauvaise conseillère 2 ».

Je souhaite évoquer le cas de figure éprouvant pour ceux qui le vivent: quand votre entreprise vous « propose » de partir. Alors que vous n’avez pas démérité, alors que votre manager est encore plus responsable que vous de l’état de fait que votre société utilise pour motiver la rupture, malgré tout ce que vous avez donné à cette boite au cours des années… cette liste de commentaires n’est pas exhaustive.

Je constate qu’un assez grand nombre d’entre vous ont tendance à vouloir engager la lutte afin de défendre leurs droits, d’obtenir compensation, de réparer l’injustice… la liste des raisons est, une fois de plus, sans fin.
Pourquoi pas…

Je voudrais néanmoins souligner quelques faits:
– Cela va prendre longtemps. Les jugements aux Prud’hommes sont rendus en ce moment en moyenne 18 mois après le licenciement
– Cela va vous coûter.
De l’argent d’abord, puisqu’il va falloir vous faire représenter par un avocat dont le facture ne sera pas légère.
Du temps et de l’énergie ensuite, car votre conseil juridique ne fait que mettre en ordre les faits et données que vous lui fournirez. A vous le travail de reconstitution, de fouilles archéologiques dans vos e-mails et dossiers. A vous la ‘charge de la preuve’ et la constitution de l’argumentation.

De la motivation enfin, car pot de terre contre pot de fer, il y aura peu de moments de ce procédé durant lesquels vous n’aurez pas l’impression de devoir soulever des montagnes.
– Cela ne vous apporte au final pas grand chose, même en cas de victoire. Car cela ne vous fera pas trouver un nouvel emploi (sauf les rares cas de réintégration, mais je ne le souhaite à personne) et même si vous gagnez une rondelette somme compensatoire, cela ne vous mettra pas « à l’abri du besoin » comme le bon CDI pourrait le faire.
– Cela vous aura mobilisé pendant un laps de temps long (plus qu’il n’en faut pour retrouver un emploi) en vous focalisant sur le passé alors que tout le monde sait qu’une telle transition devrait permettre de se reposer les bonnes questions et décider de quelle façon repartir de l’avant.

Je ne souhaite pas pour autant ni faire l’apologie de l’impuissance des individus face aux entreprises, ni vous conseiller de baisser les bras et de subir sans réagir.
Je ne peux m’empêcher de constater qu’une fois que vous avez mis un avocat sur l’affaire vous avez donné à l’entreprise la permission de ne plus se sentir concernée et de ne pas travailler à la recherche du bon compromis en votre compagnie.

Regardons le besoin de chaque employé qui se fait signifier son licenciement. Ce que l’on recherche ou devrait rechercher dans cette situation repose sur 3 points (toute ressemblance avec une célèbre pyramide n’est pas entièrement fortuite): bénéficier de l’assurance chômage d’abord, ne pas perdre de pouvoir d’achat / niveau de vie ensuite, et enfin se donner les moyens de retrouver vite et -pourquoi pas après tout- mieux.
Cela se traduit donc par la rupture adéquate, l’obtention d’une indemnité qui ajoutée à ce que Pôle Emploi vous donnera garantit au moins un an de maintien de votre niveau de vie et le paiement d’une prestation d’accompagnement sous la forme d’un outplacement.

Voilà donc ce qu’il faut aller négocier avec votre futur ex-employeur. Et si vous voulez réussir à atteindre ce compromis rapidement, toute mon expérience d’observateur me pousse à dire que le meilleur moyen est de continuer à garder les choses au niveau personnel en impliquant votre employeur, en le mettant au centre du dialogue. Si vous avez l’impression que le dialogue est rompu, faites-vous aider par un spécialiste. Mais rappelez-vous que les spécialistes du dialogue s’appellent les médiateurs, et non les avocats, qui eux sont plutôt des spécialistes de la défense des intérêts lorsqu’il y a opposition ou conflit…

Focalisez-vous sur l’essentiel et tournez-vous vers le futur!

PS: pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas ou mal la fonction de médiateur, je vous recommande de visiter le site de mon ami Denis Jammet, www.pro-mediation.org

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